bus-essais 2

Max n’était pas vraiment la personne qu’il me fallait. Pour des tas de raisons. Une question de taille peut-être. De sexe aussi. On ne peut pas dire qu’il était un homme. Il n’était pas non plus un garçon, ou une fille. Il était un peu, à la fois, tout cela. Il avait la cruauté et la causticité du sexe faible, la beauté fine dun jeune éphèbe adolescent. Mais son esprit était profond, son silence sage, ses gestes économes.
Il était différents des autres. Il n’arrêtait pas de se foutre de moi, sans scrupules, avec une liberté infinie. Il était sans limite. Il n’était pas un ami, pas comme d’autres le sont. Il ne jugeait pas, comme eux jugent. Pas de reproches, quand tu n’es pas à l’heure à un rendez-vous, quand tu n’appelles pas le jour dit, quand tu oublies un anniversaire, quand tu as de nouvelles fréquentations, quand tu ne ramènes pas un cadeaux, ou envoie une carte postale depuis le bout du monde… Je m’en souviens comme de quelqu’un qui était toujours la, peut-être pas pour moi, mais au moins avec moi. Il ne m’a jamais parlé de personne d’autre que de nous. Il ne m’a même jamais vraiment parlé : soit il m’écoutait l’air de rien, soit il me cinglait de moqueries.

Il me charriait, constamment, sur ma pseudo-quête de liberté, mon incapacité ridicule à ne pas tomber amoureuse, la flemmardise de mon alimentation, mes envies suicidaires, mes divagations de midinette, mes contradictions récurentes, les grands discours humanistes noyés dans mon petit ricard, ma déchéance programmée, tout et n’importe quoi, drôle, tendre, sombre ou indécent qu’il piochait dans le foutoir de ma vie post-adolescente.

Max n’était pas un ami. Il n’était pas. Mais il me manque. parfois.


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