pause célinienne
“Avec les mots on ne se méfie jamais suffisamment, ils ont l’air de
rien les mots, pas l’air de dangers bien sûr, plutôt de petits
vents, de petits sons de bouche, ni chauds, ni froids, et facilement
repris dès qu’ils arrivent par l’oreille par l’énorme ennui gris mou
du cerveau. On ne se méfie pas d’eux des mots et le malheur arrive.
Des mots, il y en a des cachés parmi les autres, comme des cailloux.
On les reconnaît pas spécialement et puis les voilà qui vous font
trembler pourtant toute la vie qu’on possède et toute entière, et
dans son faible et dans son fort… C’est la panique alors… Une
avalanche… On en reste là comme un pendu, au-dessus des
émotions… C’est une tempête qui est arrivée, qui est passée, bien
trop forte pour vous, si violente qu’on l’aurait jamais crue
possible rien qu’avec des sentiments… Donc, on ne se méfie jamais
assez des mots, c’est ma conclusion.”
Louis-Ferdinand CELINE – Voyage au bout de la nuit.
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- Publié:
- juillet 6, 2010 / 10:22
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